[Depuis le début du mois de novembre, ethnoArt a eu le plaisir d’accueillir dans son équipe Marie, étudiante en Master Ethnologie & Anthropologie sociale à l’EHESS, en stage de fin d’étude.

Retrouvez ici sa chronique ethnologique ! 4 semaines durant, nous publierons un article rédigé par sa plume, qui retrace étape par étape, ce qu’elle a pu observer lors des ateliers et formations organisés par ethnoArt.]

« Comment et pourquoi danse-t-on dans différentes parties du monde? » – Classe UPE2A du Collège Pablo Néruda à Stains

« Nous arrivons au collège Pablo Néruda avec Audrey, après une marche d’approche d’une vingtaine de minutes. Nous nous rendons en salle des profs, où nous retrouvons Margaux, qui travaille chez Citoyenneté Jeunesse et la professeur de français qui s’occupe de la classe UP2A (Unité Pédagogique pour les élèves Allophones Arrivants) . Elles nous emmènent et nous rencontrons les 11 élèves non francophones qui participent à un projet Culture au Collège autour de la danse. Ils se présentent, ils viennent de tous horizons, Bulgarie, Italie, Maroc, Moldavie, Roumanie, Philippines, et une nouvelle élève arrive tout juste du Pakistan pour son premier jour au
collège. Hier soir, ils ont été voir Epopées, le spectacle de la chorégraphe Lou Cantor, qui a rencontré et mis en scène le parcours de demandeurs d’asile. C’est la chorégraphe avec qui ils vont travailler. Ils ont hâte de la
rencontrer !
Margaux nous introduit : non, nous ne sommes pas danseuses, mais ethnologues, et nous allons découvrir de nombreuses danses issues du monde entier, avec eux pendant deux heures. Audrey commence l’atelier en expliquant qu’aujourd’hui nous allons comparer différentes danses. Elle prend deux stylos et demande si tout le monde a compris ce verbe : « qu’est-ce que l’on fait si l’on compare deux stylos ? » Une élève dit : « C’est dire lequel c’est le meilleur », « Pas tout à fait… on va chercher ce
qu’il y a de pareil et ce qu’il y a de particulier ». Audrey leur demande ensuite « qu’est-ce que c’est la culture ? » La façon de manger par exemple : « Vous avez déjà vu qu’on ne mange pas de la même manière quand on est chez nous que quand on est à l’école », ils acquiescent, c’est quelque
chose qui leur parle. « La langue aussi ! » les élèves continuent ainsi de donner plusieurs exemples de ce que recouvre la culture et Audrey les catégorise pour en donner en définition plus générale.

« La culture, c’est toujours quelque chose qui évolue ».

Après cette introduction, nous entrons dans le vif du sujet et Audrey demande « à votre avis, pourquoi danse-t-on ? » Les réponses fusent « parce qu’on aime », «  ça donne de l’énergie », « pour rigoler », « pour la confiance en soi », « pour montrer aux autres sa culture »… Elle leur demande ensuite s’ils ont déjà dansé, et quand ? « Oui ! » sourient-ils, « dans les mariages », « dans les anniversaires », « C’est ça, nous pouvons danser pour les fêtes, pour marquer les étapes de la vie comme la naissance et la mort aussi », les élèves sont surpris d’entendre que dans certaines cultures la mort peut être
célébrée. Le décentrement commence à opérer.
Et maintenant, place aux images. Audrey explique que nous allons regarder plusieurs extraits de danse et les décrire. « Par exemple », Audrey bouge son bras doucement puis plus rapidement : « on peut faire attention à la vitesse des mouvements », elle bouge la tête, les mains « à quelle partie du corps on bouge », elle claque des doigts « aux rythmes… » Une élève dit « quand on est joyeux, on met de la musique et on danse avec nos amis ». Audrey rajoute à la liste des raisons de danser : exprimer des émotions.

Photo libre de droit – Pasquale Vitiello

Puis nous commençons le tour du monde, en passant du flamenco aux claquettes, des Derviches tourneurs aux danses rituelles kanakes, du buto aux danses balinaises. Nous faisons attention aux costumes : une grande robe, un torse-nu, des pagnes en fibres végétales… ils ne sont pas choisi au hasard, ils ne soulignent pas les mêmes mouvements. Danser ensemble ou danser seul ? Des mouvements fluides ou saccadés ? Une danse peut soigner, témoigner, imiter, être transmise de génération en génération, être un lien avec Dieu ou séduire. Les élèves sont happés par le voyage et réagissent « C’est bizarre ! C’est beau ! Ça ressemble à une danse marocaine ! » Ils sont parfois surpris, mais toujours intéressés.

« Mais on peut avoir plusieurs danses par pays ? » Oui, et une danse peut avoir des influences de plusieurs pays. Aujourd’hui, avec les voyages et les migrations, on prendre des cours de danse orientale ou de danse buto à Paris, les danses voyagent et se transforment aussi.
Ils font aussi des liens avec le spectacle qu’ils ont vu hier ainsi qu’avec ce qu’ils connaissent : « En Roumanie, les filles peuvent danser comme les garçons et les garçons comme des filles », « C’est presque les mêmes mouvements mais les vêtements sont différents », « Moi je joue aussi du
cajón ! ». Ils commencent à bouger sur leur chaise, à imiter certains mouvements, et parlent déjà de ce qu’ils pourront faire avec la chorégraphe. Les deux heures se terminent et ils sont ravis du périple.

Margaux et la professeur aussi :

« c’est super, ils vont sûrement oser proposer plein de choses dès la première séance avec la chorégraphe ! Cela leur donnera envie de montrer ce qu’ils savent faire puisque cela a été valorisé !».

Ethnoart participe au parcours des collégiens en leur donnant des notions et des connaissances qui leur permettront de penser leurs expériences artistiques plus largement et pour les inscrire pleinement dans le processus d’apprentissage. En montrant la diversité des cultures et leur métissage, Ethnoart permet aussi à ces jeunes fraîchement arrivés en France de parler de leurs expériences de l’interculturalité dans un cadre bienveillant et de valoriser leurs savoirs pour qu’ils puissent trouver leur place au sein dans ce nouvel environnement.

Cet atelier a été organisé en collaboration avec l’association Citoyenneté Jeunesse le 24 janvier 2019.