Nous intervenons souvent pour des enseignements ponctuels au lycée, sur des thèmes spécifiques, mais pour la première fois cette année, nous nous sommes vus confier un véritable cours d’anthropologie. Une vingtaine d’élèves de terminale venant des filières générales et technologiques bénéficient chaque mardi d’un enseignement de deux heures. Il s’agit d’un enseignement complémentaire auquel ils se sont inscrits volontairement. La plupart souhaitent rejoindre une classe prépa. Au total, ils vont bénéficier de 56 heures de cours ponctués des visites de trois musées (Quai Branly, Musée de l’Homme et Musée de l’histoire de l’immigration) et de projections de films ethnographiques.

Ce projet est né d’une rencontre avec Cécile Veillard, enseignante de philosophie, passionnée d’anthropologie et convaincue de la pertinence d’une approche pluridisciplinaire. C’est donc de sa propre initiative qu’une véritable initiation à l’anthropologie a pu être mise en place au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen.

Enseigner l’anthropologie au lycée : pour quoi faire ?

[…] notre métier ne se limite pas à la seule transmission du savoir, mais exige une réflexion sur les conditions et les modes d’appropriation des savoirs délivrés, nous souhaitons […] conforter la culture scolaire de nos élèves, tout en leur donnant le goût et l’envie d’apprentissages qui ne sont pas directement sanctionnés par les modes d’évaluation traditionnels. Nous aimerions leur faire comprendre que si le savoir est essentiel à une bonne intégration sociale et à la pratique d’un métier valorisant, il a aussi pour vocation de les aider pleinement à se construire en se déprenant des préjugés et autres obstacles qui les empêchent parfois de réussir et de s’épanouir. — Cécile Veillard dans la note d’intention du projet

L’année de terminale est le prétexte à de nouveaux enseignements tels que les sciences politiques, le droit ou la philosophie. Ceux-ci font écho, à de nombreux égards, à des préoccupations de l’anthropologie. En philosophie par exemple, des thèmes qui sont au cœur de la réflexion anthropologique sont abordés : rapport entre nature et culture, religion, pouvoir, langage… Ce projet a donc pour ambition d’une part de donner aux élèves les moyens de réussir leur scolarité et d’autre part de se construire en tant qu’individu et futur citoyen ; non seulement de la société française mais aussi du monde.

Revendiquant un certain héritage des lumières, nous sommes convaincus, à l’instar de l’UNESCO, que les savoirs et la lutte contre l’ignorance et les préjugés  participent à une véritable construction de soi. Prendre le goût de l’autre et comprendre que celui-ci, aussi différent soit-il, n’est pas un danger ni une menace, mais bien un potentiel allié. Notre démarche rejoint des actions menées au lycée Le Corbusier à Aubervilliers et le colloque organisé au théâtre de la Commune par Catherine Robert et les élèves du projet Thélème : L’anthropologie pour tous.

Son but [au projet Thélème] est de montrer que l’enseignement de l’anthropologie constitue une réponse plus constructive et plus sereine aux préoccupations actuelles que celles de l’enseignement du fait religieux et des cours de morale laïque, trop réductrices. — Catherine Robert à propos du projet Thélème

Nous souhaitons que cette expérience collective permette aux élèves de s’approprier les savoirs de l’anthropologie, de débattre de grands sujets qui animent nos sociétés contemporaines, de rencontrer des scientifiques désirant partager leurs recherches en cours et de découvrir des événements et des espaces dédiés aux sciences humaines et à la culture. Il participe donc également d’un décloisonnement du lycée et d’une ouverture sur la cité.