[Depuis le début du mois de novembre, ethnoArt a eu le plaisir d’accueillir dans son équipe Marie, étudiante en Master Ethnologie & Anthropologie sociale à l’EHESS, en stage de fin d’étude.

Retrouvez ici sa chronique ethnologique ! 4 semaines durant, nous publierons un article rédigé par sa plume, qui retrace étape par étape, ce qu’elle a pu observer lors des ateliers et formations organisés par ethnoArt.]


« Masculin/Féminin : comment penser la différence? », retour sur notre formation gratuite à destination des professionnel.le.s

Mardi matin, 9h, la formation «masculin, féminin, comment penser la différence ? » est sur le point de débuter. Les professionnel.le.s commencent à arriver et, avec Emilie, nous les accueillons dans les locaux au 39 rue des Cascades.
Depuis 2016, EthnoArt organise des formations gratuites, financées par la Ville de Paris, la Région Île de France, la CAF de Paris et la DILCRAH. Ces formations sont à destination des professionnel.le.s de l’animation, de l’éducation, du social, du médico-social et de la médiation culturelle qui, au quotidien dans leur travail, expérimentent des situations interculturelles. EthnoArt créé des espaces de réflexion pour qu’ils.elles puissent échanger sur leurs pratiques professionnelles et pour leur transmettre des concepts et des méthodes pour faire face à des situations qu’ils.elles auraient des difficultés à appréhender.

Café, thé, biscuits et rétroprojecteur, tout est prêt. Nous commençons par faire connaissance, le groupe est très diversifié entre travailleur social, médiatrice culturelle, professeur de lettres, militantes féministes, artiste auteure, responsable de centre social, chargées de projet et anthropologue. Certain.e.s sont venu.e.s pour découvrir des techniques de médiation et enrichir leurs pratiques professionnelles, d’autres pour rafraichir leurs connaissances, ou encore pour faire ce pas sur le côté que nous propose l’ethnologie.

Nous nous demanderons pendant ces deux jours :
Comment les individus deviennent-ils des hommes et des femmes dans différentes sociétés ?
Comment les normes de genre sont-elles transmises et incorporées ?
Comment les individus se positionnent-ils et négocient-ils ces normes ?

Pour s’approprier le sujet et l’espace, mais aussi apprendre à se connaître, les participant.e.s forment d’abord des duos pour définir des notions-clés. Ils.elles réalisent des affiches qui sont accrochées sur les murs de la salle et présentées aux autres.

Puis Emilie introduit l’ethnologie et une de ses figures emblématiques sur la question de genre : Margaret Mead. Celle-ci est l’une des premières à mettre en évidence la construction sociale de ces rôles dans son travail sur la sexualité et les rapports sexués en Nouvelle-Guinée. C’est à sa suite, à travers des extraits de documentaires, que nous entamons nos pérégrinations entre la France, l’Alaska et la Papouasie pour explorer la manière dont les sociétés inculquent des normes de genre dès l’enfance à travers des jouets, des livres, la transmission des prénoms, mais aussi des rites de passage à l’âge adulte.

Pour que les participant.e.s s’approprient les concepts de socialisation, nous leur proposons  un travail en groupe sur des articles. Ils.elles lisent et restituent entre autre l’article « incorporation » de l’Encyclopédie critique du genre. Ils.elles en retiennent que les corps sont certes biologiques, mais ils sont aussi forgés par les normes de genre. Un exemple à cela : les filles ne se comportent pas de la même manière que les garçons en classe, notamment parce qu’elles sont davantage reprises pour leur posture par les enseignant.e.s. Cela les interroge sur leur rôle dans la transmission de ces normes de genre.

Nous continuons ensuite notre voyage en passant des Batcha-Posh afghanes, aux transgenres strasbourgeoises, des « two-spirits » amérindiens aux intersexes françaises et suisses, pour voir comment les individus de différentes sociétés transgressent et contournent les normes de genre. Nous cherchons à observer quelle place est donnée aux individus  transgenres dans différentes sociétés à différentes époques, les Hijras indiennes, par exemple, font partie de la mythologie hindoue et ont une importance dans certains rituels religieux.

Notre voyage s’achève entre le Mali et l’Ile de France, pour s’interroger sur la manière dont les personnes s’approprient et négocient ces ensembles de normes. Comment les femmes maliennes débattent-elles, à travers la question de l’excision, la question de la féminité ? Comment les hommes d’Aulnay-Sous-Bois construisent-ils leur masculinité ?

Le court-métrage Vers la tendresse d’Alice Diop soulève des questions telles que : qu’est-ce que c’est que d’être un homme en « banlieue parisienne » ? Quel rôle est donné à la sexualité et le rapport à l’autre sexe dans la construction de la masculinité ?

« Vers la tendresse » un film d’Alice DIOP

Les participants apportent leur pierre à l’édifice en partageant des références. L’un d’eux fait le parallèle avec la construction de la virilité dans la Grèce antique. Ils.elles rapportent aussi des expériences professionnelles, un participant exprime les difficultés qu’il rencontre pour aborder  l’homosexualité avec les jeunes avec qui il travaille. Une autre participante souligne l’importance de travailler aussi sur ce que vivent les hommes pour ne pas accentuer les violences sexistes. Nous en concluons que ces problématiques de genre gagnent à être analysées en miroir.

Le deuxième jour touche à sa fin, les participant.e.s sont très content.e.s de leur formation, ils.elles soulignent « l’intérêt d’un groupe mixte et pluridisciplinaire qui permet le partage de connaissances très variées », « le bon équilibre entre les documentaires, les articles, les discussions et les exercices », « les apports théoriques et bibliographiques bien illustrés par des exemples nombreux et pertinents ».

Ethnoart permet à des professionnel.le.s de milieux différents de se rencontrer et de débattre ensemble de leurs pratiques, tout en bénéficiant de l’éclairage de l’anthropologie. Au cours de ces formations, ils.elles acquièrent en effet des méthodes et des outils propres à cette discipline pour appréhender les situations interculturelles auxquelles ils.elles sont confronté.e.s quotidiennement dans leur travail.

Cette formation a été réalisée les 11 et 12 décembre 2018.