[Tout au long de l’année, nous vous présenterons différentes sources et formats qu’EthnoArt utilise dans le cadre de ses projets cinéma. Que ce soit avec des scolaires, avec des personnes détenues ou tout autre public, la démarche reste la même : observer et débattre sur « le fond » mais également sur « la forme » de ces oeuvres pour entrainer notre oeil critique et se former à l’analyse d’images.]

LUMIÈRE SUR : « Un été avec Anton » de Jasna Krajinovic

Dans le cadre de nos projections bi-mensuelles en Maison d’arrêt, nous avons proposé en juillet dernier aux hommes détenus de regarder et d’analyser le film documentaire « Un été avec Anton » réalisé par la réalisatrice slovéno-belge Jasna Krajinovic en 2012. Ce visionnage venait alimenter notre réflexion du mois de juillet autour du thème « les rites de passage », questionnements initiatiques en préparation au projet EthnoBD qui a eu lieu en septembre dans cette même maison d’arrêt, autour de ce même thème.

« Anton, 12 ans, vit avec sa grand-mère dans une petite maison à la périphérie de Moscou. Il partage ses journées d’été avec ses amis et sa babouchka, volontiers complice de ses jeux. L’insouciance de ses vacances disparaît lorsqu’il part, comme la majorité des enfants russes, dans un camp d’entraînement militaire, où on le retrouve en uniforme, l’arme à la main… »1

Ce film nous a permis d’interroger à la fois la forme de ce documentaire, les choix de montage comme moyens de prendre de la distance avec les idées émises par certains personnages du film, le discours construit à hauteur d’enfant puisque c’est bien Anton qui est au coeur du sujet et donc d’aborder la question du point de vue et du regard qui n’est jamais neutre quel que soit le média choisi. Le sujet de ce film documentaire a également beaucoup interpelé les hommes détenus et nous a amené à débattre sur l’intérêt d’institutions et d’un discours encadré incitant au patriotisme : quel type d’institution se doit de porter ce discours? Quel image de la patrie, de la nation doit-on véhiculer? Quel place doit on laisser à l’individu dans son appartenance à la patrie? Autant de questions que pose ce film et qui ont animés les participants.

Pour alimenter les débats suite à cette projection, nous avions le plaisir de recevoir Miléna Boclé Reznikoff, étudiante à l’INALCO et spécialiste des mondes Russes. Sa présence a été d’une grande aide et d’un grand intérêt pour comprendre toute la complexité de la situation russe, le rapport de sa population au patriotisme, les évènements historiques comme les deux guerres de Tchétchénie qui joue un rôle majeur dans la formation de ces petits soldats, et plus généralement la relation à la figure de l’étranger et l’altérité en Russie.