Pendant 9 jours, 11 hommes ont fait le choix d’être là pour regarder, écouter et débattre autour de dix films documentaires sélectionnés dans la compétition internationale du festival Jean Rouch. Un engagement d’autant plus fort qu’en faisant partie de ce jury, ils perdaient leurs deux heures de « promenades » journalières. Des films pour rompre avec un quotidien, pour se réunir, prendre la parole, échanger, et se souvenir qu’on est des hommes aussi. Pendant les projections régnait le silence, les visages étaient concentrés, et quelques-uns prenaient même scrupuleusement quelques notes sur un cahier. Et nous, ceux qui étions présents pour le accompagner dans leurs réflexions, étions tous d’accord sur un point: nous avons rarement regardé des films avec autant d’intensité qu’entre ces 4 murs.

Les 11 hommes ont décidé de remettre leur prix à Armastuse Ma de Liivo Niglas « La terre de l’Amour ». Ils ont été séduits et emportés par l’énergie folle de Iouri, ce vieil homme qui défend ses terres, face à une compagnie pétrolière qui s’apprête à les engloutir. Seul, avec sa famille, face au géant cynique et destructeur, Iouri incarnait pour eux, l’espoir et la détermination avec humour et facétie. Ils ont été sensibles à la nature de la relation entre le filmeur et le filmé, qui les a plongés immédiatement dans l’intimité de la vie du personnage, pourtant si éloignée de la leur. Ils ont été curieux de cette terre que Iouri défend avec tant de passion, mais aussi des croyances, des pratiques ou encore de la cosmogonie des Nénètses. Ils ont été touchés par le lien de Iouri avec ses petits-enfants, par la nécessité et l’urgence de la transmission. Enfin, ils ont mis en valeur la lucidité du personnage face à la caméra, un homme qui se dévoile intimement tout en étant pleinement conscient du pouvoir de l’image et de son importance dans la lutte qu’il mène.

Pour eux, Armastuse maa, est un film qui laisse une trace profonde, celle de cet homme qui a, depuis, disparu, celle d’un peuple et de sa terre, celle de l’espoir malgré tout.

Ce projet bénéficie du soutien financier du SPIP 91 (Ministère de la Justice), et de la DRAC Ile de France.